“Fil de laine”  

Parole, parole…
Fil de laine

Si tu vois, près de la fontaine
Un sabot, un sabot de frêne
Rends-le-moi, car ma peine
Est trop plus qu’ humaine

Si tu vois, en forêt lointaine
De sa robe, le fil de laine
Rends-le moi, car ma peine
Est trop plus qu’ humaine

Si tu vois, brisée par centaines
Son image, peinte sur porcelaine
Rends-la-moi, car ma peine
Est trop plus qu’ humaine

Si tu croises, en terre d’Aquitaine
Celui qui a volé ma reine
Dis-lui bien que ma haine
Est trop plus qu’ humaine

Est trop plus qu’ humaine
Gens des villes et gens
des champs

Paraît que les gens des villes
Ont tous des automobiles
Nous on a des courants d’air
Sur nos vélos militaires
Le râteau qui s’casse tout l’temps
Comme les vieux y perd ses dents
T’as beau tirer sur le manche
Ou donner des coups de hanche

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

Quand il a perdu ses boilles
Le jour qui pleuvait à roille
Les gens ont dit pauvre gosse
Il était couvert de bosses
Donc il a dormi dehors
Sur la paille avê les porcs
Voulait pas rentrer maison
Il avait sans doute raison

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

Quand le feu s’est déclaré
On n’était pas préparé
Le temps d’att’ler les chevaux
De dérouler les tuyaux
D’amener la grande échelle
Le cliquet la manivelle
La toiture était par terre
Restait qu’le paratonnerre

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

C’est comme quand on a conduit Jusqu’à son dernier réduit
Notre pauvre domestique
Toujours soûl et plein de tiques
Le traîneau s’est renversé
Le cercueil a déversé  
Sur un tas de neige mouillée
La dépouille a dessoûlé

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

De mémoire de bossu
On n’avait jamais ça vu
Les citernes qui sont à sec
Les femmes qui ferment leur bec
Les hommes élus porteurs d’eau
Gosier sec et mal au dos
Les chevaux couverts de mouches L’écume au coin de la bouche

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

Entré dans la salle à boire
Y en a qu’un qui dit bonsoir
Les autres ont déjà leur compte
Y sont coulés dans la fonte
Coup de blanc sur coup de rouge
Y paraît qu’y a rien qui bouge
Ç’ui-là même qui s’en flatte
S’en revient à quatre pattes

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire

Un dernier verre pour la route
Venez voir nos vaches qui broutent
Et nos paysans de montagne
Vêtus de peaux et de pagnes
Comme ils font aux parcs aux daims Vos enfants peuvent j’ter du pain
Aux crétins sous protection
En voie de disparition

Qu’est-ce qu’on peut y faire
Y a ’ien d’autre à faire
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Sur les crêtes du Jura, la citerne avec le balancier refait à neuf du chalet du Crausaz.